Happy time, me voilà de nouveau catapultée sur cette planète étrange qu’est la Chine. « Catapultée » ne rend pas forcément hommage à la smooth attitude d’Air France et les délices de la classe affaire, mais l’atterrissage en milieu cantonais est toujours aussi percutant.
Juste histoire de rappeler qu’ici, c’est le gouvernement seul qui statue quand on a le droit de se gratter l’omoplate, les douanes nous laissent mariner quelques minutes, coincés à l’intérieur de l’avion, avant qu’on ait l’autorisation de sortir. Cela dit j’évalue encore assez mal ce qu’un message type : « Ici le commandant, les douanes ont décidé qu’aujourd’hui on ne débarque pas. Pas envie ils ont dit. PNC préparez vous au décollage » pourrait déclencher chez un mec de la cabine éco qui a passé 12h15 à se sucer les genoux entouré d’un bébé qui fait ses dents et d’un hublot qui ne ferme pas : Cannibalisme douanier ? Concours instantané de cris du phasme ? Syncope mortelle ? A tenter. Juste pour rire allez, rhô, on n’est pas comme ça. A l’arrivée, on se relaie avec les instances paternelles (qui m’accompagnent aimablement en ce début de séjour J) pour tenir notre position du côté du tapis bagage, parce que si le chinois n’a pas les dents sur le tapis, il meurt. Et comme il vient d’arriver dans sa patrie, il a envie de vivre un peu, donc il te pousse sans ménagement pour se coller au tapis et guetter son sac plastique scellé au scotch. Vu sa petite taille, on passera par-dessus, allez.
Le comité d’accueil est composé d’AQin et d’ A Qin, qui nous attend en mini jupe et tee shirt, l’air dégagé pour faire oublier qu’en fait dehors il fait 10 et qu’il pleut, mais ça ne prend pas !! J’ai déjà les poils au garde à vous. Et nous voilà embarqués dans une …hem… une quoi, tiens ? A première vue je dirais benne à roulettes marron, à deuxième vue skoda bordeaux, qui a le mérite de renouer tout d’un coup avec les frayeurs oubliées de l’autoroute : paf le camion, braaam le nid de poule et le tout nouveau « sploutch la flaque » ponctuent le trajet. Et lorsqu’à l’arrivée à l’usine la Skoda tombe en panne - le volant ne tourne plus, teeeeellement classique - la pétrolette verte a trouvé son maître. Que dire de plus sur cette journée qui s’achèvera bien des heures après : les retrouvailles avec toute l’équipe, dont Kevin qui me met directement à contribution pour aller négocier un canapé à prix « occidental » dans la ville à côté, un temps très très humidement glacial et bretonnant (crachin et vent), une balade de nuit dans la boue de Gaomin pour dénicher un tailleur pour confectionner les uniformes de l’expo, un dîner fidèle à l’excellente gastronomie locale, et un COUCHER 48h après mon dernier lever.
Le réveil est moins difficile que prévu, d’autant qu’un « Chifaaaaaaaaaaan » tonitruant m’amène devant un bol de liquide rempli de gros morceaux mous, jaunes et gluglus et de bouts d’omelette. Je mastique avec précaution, j’ai peur que le mou ne soit contagieux et que ma molaire décide de rallier les belliqueux rangs du bol, mais non, c’est plutôt goûtu. Les vitres grandes ouvertes sur le temps radieusement pourri m’ordonnent de toute façon de manger le plus possible pour survivre à la passion des fenêtres ouvertes par -15 - en voiture, au resto, dans les immeubles, le chauffage n’existe pas, et les fenêtres sont béantes, donc la température est strictement la même qu’elle que soit la position géographique d’un être lambda). La journée est occupée à la visite d’un domaine qui abrite un bouddha monstrueusement grand, des vestiges de la dynastie Ming, des curiosités géographiques et des panoramas qui sont sûrement magnifiques. Quand on les voit. Sans cette brume légumineuse qui recouvre tout. La pétrolette verte de Hua Siji a été appelée à la rescousse, pour trimballer tout ce beau monde occidental (Toni, Papa, Terence, Yannick, Ellen et moi) ; il en profite pour tourner un film d’1h20 sur son portable, ce qui lui vaut désormais le surnom de Spielberg. Mode d’emploi du bonhomme : Lorsque tout le monde photographie le bouddha, lui filme Yannick, lorsqu’on s’extasie sur une cascade, il filme Toni. Sortie DVD prévue en août.
Enfin, terminons par ces nouveautés qui changent la vie de l’usine : le trou qui sert de WC est désormais muni d’un verrou, mais bon, tjs pas de chasse, une cuisinière a été embauchée qui prépare le riz sur place – le déjeuner passe donc désormais de 8 minutes à 5. Je ne m’en remets pas.

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