Mardi 3 octobre 2006

Vous vous êtes sûrement déjà retrouvés dans cette situation bizarre: vous SENTEZ qu’il y a quelque chose qui cloche, mais comme ça, d’office, vous ne voyez pas quoi. Ca peut durer longtemps, c’est peu gênant quand vous avez un caillou dans la Converse, ça l’est bien plus quand vous arborez un grain de maïs collé entre vos sourcils fraîchement épilés en réunion de direction. Mais je m’égare. Donc hier, je suis en train de pianoter sur internet pour trouver des éléments de réponse sur le fourrage immonde des mooncakes, quand j’entends trèèèès très loin (dans les limbes de mon cerveau ?) un appel insistant. Maaaarie. Maaaaaaaaaaaaaaarie. Marie !! Je ne savais pas que Jeanne D’Arc cherchait des émules parmi les étudiants ?!?? Je m’apprête donc à me tondre la tête en soucoupe capillaire et à me tailler une robe de bure dans mon dessus de lit, lorsque la topographie  de mon appartement me sauve la vie : pour atteindre la salle de bain, je dois passer devant le balcon, et là j’aperçois au sommet du building d’en face 4 ou 5 têtes d’épingles qui agitent leurs petits bras en criant Marie. Sacrebleu, Dieu me laisse un répit pour bouter les Allemands hors de Majorque, c’est fort urbain, j’ai un stage à finir. Passé un sursaut de surprise – je vous rappelle que je ne connais PERSONNE dans ce building, ni dans cette ville - et après avoir constaté que mon ouiiiiiiiii ? n’était pas capté par les oreilles de mes fans (lol), je décide de quitter le balcon et que l’option robe de bure peut être une activité sympa de lundi après-midi. Un coup frappé à ma porte interrompt ma créativité. Simone, la Chinoise la plus cure-dent de Chine, est porteuse d’une invitation à aller prendre le café chez un Français qui habite dans cet immeuble depuis 10 ans – la stature du Géant Vert avec la tête de Robert Hue, vous visualisez ? Bon, let’s go Simone (elle a les joues bien rouges, le déjeuner a dû être bien arrosé uhuh. D’ailleurs on s’est trompés deux fois d’étage). On entre chez Jacques pour y trouver 6 ou 7 expatriés, espagnol, italien, anglais, indien du Chiapas et un petit français en stage dans l’usine de Jacques. Le café est très sympa – oui, un café peut être buvable ET sympa - ça parle dans toutes les langues, même celle du baby teckel que j’avais pris pour une saucisse échappée du plat. Jacques est un personnage hors du commun, en tant que premier occidental à avoir pénétré la région, il connaît le district de Gaoming comme sa poche – district qui couvre une superficie de la taille de la région parisienne jusqu’en Seine et Marne – et d’ailleurs cherche à convaincre les autorités du coin de sauvegarder le patrimoine notamment par la construction d’un musée de la vie quotidienne du siècle dernier. Petit cours pratique : on se balade tout l’aprem entre expo de photos de Gaoming, atelier de peintre calligraphe, fouilles archéologiques découvertes sur le tracé d’une autoroute hors de la ville. J’apprends également des choses surprenantes, au hasard : il y a un village dans le centre de la Chine dont les villageois sont persuadés d’être les descendants de guerriers gallo- romains. Certains enfants naissent encore blonds, ils n’ont pas le faciès chinois, c’est vrai que ça prête à confusion dans un pays où pour devenir blond, il faut rester 12 semaines dans de l’eau oxygénée. (Après analyse de l’ADN, il se trouve que ce sont plutôt des gènes turcs qui coulent dans les veines de ces villageois – un turc en visite dans les anciens temps a certainement voulu poursuivre plus avant ses études anthropologiques et se .. hum.. développer localement. Bouh le turc qui a fauté !) Sinon, il y aurait 200 à 250 prostituées dans mon immeuble. Autrement folklorique comme nouvelle, mais ceci explique pourquoi quand je sors après 19h30, j’ai l’impression d’évoluer dans une boîte à StripTease des bas-fonds de Shanghai. Bref, une journée riche en enseignement.

 Je crois qu'A Qin est persuadée que je parle aux animaux; c’est gênant. Dans le bus qui nous amène à Longjiang, j’avise une poule qui me regarde d’un œil torve. Ladite poule se trouve la tête à l’envers, portée dans un sac plastique à anses dont on troué le fond pour laisser passer la tête. En fait elle se mange les pavés à chaque fois que sa propriétaire fait un pas – la chinoise n’est pas grande. D’où, aigritude de la poule.  Donc je lui fais coucou pour la dérider, et je dis à A Qin d’un air pénétré «  ca fait 5h qu’elle est dans se sac, elle dit que ça lui pompe le sot-l’y-laisse de voyager la tête en bas ». « Ah parce que tu parles aux poules toi ? » ; Moi, bêtement, je continue à plaisanter «  yes, j’ai même réussi à faire comprendre aux blattes de mon armoire que je préférais qu’elles colonisent l’étagère des chaussures que celle des T-shirts. » Et là elle me regarde bizarrement et elle fait « wow ». Puis elle regarde la poule, et lui demande si « ca va ». Là, j’ai eu une goutte de sueur dans le dos.

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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Lundi 2 octobre 2006

J’ai acquis hier mes lettres de noblesse de Reine de la Nuit du Guangdong. Trois heures à suer sang et eau pour trouver dans la liste de chansons, soi-disant monstres musicaux connus comme le loup blanc dans tous les karaoké du monde – ils n’ont pas l’air de savoir que le karaoké est un martyre tout spécialement chinois, God bless us – un titre qui me dise quelque chose. Au choix :  I believe I can fly, adjoint de High , ce qui nous fait donc  I believe I can fly high . Et ben ça, je connais pas. Ou encore My heart will go die. Dans mes souvenirs scolaires, des adolescentes éplorées (Leonardo pûûrkoa le bouuuuc, t’es déjà pas gâté par la nature alors le bouc !) par le naufrage d’un bateau pas très dégourdi chantaient  My heart will go on … and die, soit, mais ce n’est pas dit dans la chanson. Trop risqué, je passe la lettre M. Je tombe enfin sur Hotel California , sans adjonction de mot incongrue. Mais avant d’avoir pu me dire « ah ben Marie enfin te voilà en terrain connu », suivi de «euh…si tu cliques, tu chantes » , mon regard me trahit : cet infime soupçon de lumière qui crie eurekâ je reconnais cette chanson ! n’est pas capté par l’œil d’un borgne, mais par celui de 30 chinois qui me sautent alors au beignet pour que je les transporte dans les canyons désertiques du désert Eagles…

 Petit flash back, version mise en abyme: Je suis au karaoké sur une aimable invitation d’A Qin, qui fête le National Day avec une trentaine de ses classmates de mid-college qu’elle n’a pas vus depuis 6 ans. Ambiance surréaliste : comme les salons privés sont plongés dans la pénombre et que visiblement, Le Jeune chinois change beaucoup entre son mid-college et ses 20 ans, ça donne des scènes très cocasses de gens qui ouvrent avec appréhension la porte du salon, glissent un œil, essayent de reconnaître des gens, hésitent, repartent et finissent par revenir confus et se terrent dans un coin. Ajoutez à cela que lorsqu’un groupe de chinois décide de se la coller dans un salon privé, ils ne s’informent pas entre eux du numéro du salon, donc ils doivent s’enfiler tous les salons privés sur 3 étages pour retrouver leur tribu. Qui souvent ne l’a pas attendu pour honorer le stock de bière. La tribu de classmates ainsi réunie est assez hétéroclite, mais représentative de la génération chinoise que j’ai connue ici : les filles prostrées dans un coin, l’air ennuyé, ne parlant pas entre elles mais serrées comme des oisillons hors du nid. Les garçons de l’autre hurlent à la mort en se trahissant aux dés, et en prenant leur tour au micro pour s’époumoner d’une voix de fausset sur les plus belles chansons de lover d’un Cabrel sinisant. Remarquable moustache que surplombe un paillasson St Maclou en poil de cheveu, tu me fais réver… Pour ma part, je joue à qui perd boit son verre avec A Qin et un de ses potes, un grand chinois maigre à la coupe longuement effilée, très marrant au demeurant, qui me dépasse d’un centimètre – je sens à son soupir de soulagement qu’il a du parier qu’il mangerait un rat si une fille le dépassait en taille ; la honte. Quand j’apprend qu’il joue de la guitare et de la batterie, et qu’il chante dans un groupe, je tiens ma victime : toi, tu chanteras avec moi Hotel California sinon la prochaine fois je mets des talons. En plus c’est le seul de la bande qui ne chante pas faux, remarquable rareté génétique à exploiter à fond.

 On a passé le reste de la soirée à dénicher les perles de la liste maudite des chansons anglophones. J’ai ainsi appris aux chinois à chanter en miaourt, c’est utile quand on veut chanter anglais mais qu’on ne maîtrise pas la langue. Un nouveau monde s’ouvre à eux, ils vont pouvoir explorer ce répertoire sur lequel leur doigt passait en tremblant, la rubrique « english » attirante et redoutée. On ne va pas mettre de culotte aux mouches, ok on ne comprend rien mais pour toi public tu peux suivre les paroles sur l’écran tandis qu’une chinoise années 80 parcourt le décor en carton pâte en forme de littoral californien. Bref, je suis une reine de la nuit, facon Régine sans les trois poils rouges capillaires, le crayon suboculaire et les lèvres en airbag dégonflé. La classe.

 

 

 

 

 

 

 

 PS : Trent je te préviens d’avance qu’il n’y a pas moyen que j’approche mes lèvres ni même mes omoplates du micro du Curtayn. Si ici le karaoké est une institution, je ne connais rien de plus glauque que le karaoké français où une pauvre âme meure vocalement sur Pretty Woman tandis que Dédé déguste son andouillette rôtie au saindoux ou son nem de poulet en plastique dans la version restaurant chinois.

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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Vendredi 29 septembre 2006

            

 

                                                             

 

-          A Qin, je croyais qu’on attendait le bus ?

 

-          Yes.

 

-          Beh, euh, là on attend le euh… rien ? Il va à Gaomin aussi le Rien ?

 

-          No, look, the bus stop is here

 

-          Ah ben oui suis-je greluche… c’est joli cet arrêt dans les buis, comme ça, on dirait que c’est pensé pour, didonc !

 

A ma décharge, en ce vendredi soir, l’air est tellement épais de pollution que le bus aurait pu arriver déguisé en lapinou Playboy, je ne l’aurais pas remarqué. A sa décharge, le bus s’arrête n’importe où. D’ailleurs en rentrant ce soir, il a fait un détour par la guillerette borne SINOPEC, le Total du coin, pour une petite demie heure de plein et de dégustage de griffons de poulet à bouilli l’huile – sous vide. Voilà pourquoi il n’y a pas non plus d’horaires sur les arrêts de bus-buissons, ça servirait à peut près autant qu’une barette fantaisie  sur le crâne de Giscard.

 

 

-          Marie, on prend une moto jusqu’au bus. Tiens celle-là, je prends l’autre.

 

-          Ouaiiis, une moto. Ni Hao monsieur, avance toi que jm’installe derrière. AAAAÏÏÏÏIIIIE mais t’es pas bien sous ton casque toi !!!! (Trop tard, il n’entend plus rien il est déjà branché radio bitume)

 

-          Fais attention c’est peut-être chaud

 

-          Merci du conseil ; on se la refait chronologique façon « le jour sans fin » que je recommence ça bien ? (sous entendu : avec clâsse) 

 

Quand tu enfourches une moto un vendredi soir étouffant de pollution et de lassitude de fin de semaine, tu dois t’attendre à ce que celle-ci ait surchauffé toute la journée, et que par conséquent si tu avances ton frais mollet caramel (jamais réussi à me blanchir les mollets, A Qin ma dit que si , on peut, je demande à voir, y’a peut être un Prix Nobel de Chimie à la clef) près du pot d’échappement, tu auras le du mal à réprimer le cri primal du caniche tatoué aux armes de sa mémé, et l’odeur de cochon grillé qui l’accompagne. Une fois sur la moto je me morigène en mon for intérieur (oui je me parle - mais il n’est pas précisé que je m’écoute). A ma grande honte, j’ai refait la même bourde à la descente, je vous avais dit que j’étais pas finie de ce côté-là ?

 

 

-          Marie, j’ai débranché le frigo au Ming Can Tchang, y’avait rien dedans.

 

-          …… uhhhhhhhhh, si, du comté. Une lichette.

 

-          Ah ben je l’ai pas vu, désolé.

 

-          Rhôô,c’est pas grave, une lichette de comté c’est pas bien méchant, ça va se bonifier.

 

Pour ta gouverne à toi, public, jamais à l’abri d’une inadvertance, une lichette de comté c’est nucléaire. Ca te colonise un papier censé résister au pire fromage - celui qui marche tout seul tellement il refoule (des noms ! des noms ! Livaro ?), ça t’habite le moindre espace d’oxygène du frigo, et quand tu finis par ouvrir celui-ci avec la naïveté d’un âne qui n’a jamais été soumis à la carotte, ça te hurle à la figure « Pourquoi t’as fermé la lumièèèèèèèèèèèèèèèère ? ». Bref, lichette ou pas, n’oublie jamais que le meilleur ami du fromage, c’est le froid. Sur ce, je vais désinfecter l’appartement, et rassurer le voisin qui hurle que, ça y’est, la Corée du Nord maîtrise l’arme bactériologique absolue, je te l’avais dit bobonne, la guerre est déclarée.

 

 

-          Bonjour, je voudrais une pomme s’il vous plaît madââme. Oui, le truc vert là. Oui je SAIS c’est pas une pomme mais bon, mon vocabulaire manuel a du mal à établir un distinguo entre toutes les variétés de pommes des Tropiques. Et du raisin aussi.

 

-          Y’en n’ a plus, je vous le mets ?

 

-           ?? du plus ? allez zou, (et vous me le faites à combien ?).

 

Le Chinois ne perd pas la face, quand y’en a plus, y’en a encore, et quand t’en reveux, ben y’en re-n’a. Alors ne vous aventurez pas à demander quelque chose qui manifestement n’existe pas, là je m’en suis sortie assez rapidement, mais on relate des cas où l’on poussa l’obligeance jusqu’à aller chercher l’article dans la ville voisine. Attendre 1h30 pour une pomme à un comptoir parce que c’est l’heure où les artères bouchonnent, c’est ballot.

 

Sur ce, je m'en vais acheter de la peau de mollet.

 

 

 

 

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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Mercredi 27 septembre 2006

 

                                                                                                                                                                                                     Je suis maintenant pourvue , grâce à mes 23 années passées sur terre à saouler les gens ... d'un appareil photo bionique et ultra performant (les gens qui ont pensé à "cerveau" ou "gentillesse" après avoir lu le début de ma phrase sont gentils de sortir, en rang, par la porte du fond. C'est pas encore pour cette année, désolée). C'est rentable en fait, quand on y pense. Si je suis encore chiante un peu longtemps, je peux avoir une villa avec piscine vers 40 ans?(Je demande au cas où hein, ce serait bête de louper une occasion pareille).Mais si je vous raconte ma vie technologique - soyons honnêtes, ça n'interesse que les gens en stage à qui on a demandé de "trier la base clients dans l'ordre inverse de l'alphabet, après avoir vidé la corbeille du couloir" - c'est pour expliquer que si il n'y a que 3 photos, c'est pour sauvegarder mes derniers cheveux. Des photos de 1Mo chacune, c'est une voie d'accès rapide vers la folie démente - et la chauve attitude. Donc vous avez là un aperçu rapide de mon 2e anniversaire, avec le hachoir-sabre à lame double de samouraï pour couper le gateau , la dégustation dudit gateau avec des baguettes (un goût incomparable, des miettes partout dans mon noeil) et les piments devant Ellen parce que le gateau n'en contenait pas assez (en fait, pas du tout). Le salon du restaurant s'appelle "France", d'où les ogives arabisantes du décor. Logique géographique chinoise, je sais, je ne veux pas de questions , moi non plus j'ai pas compris. Je ne veux pas non plus de réflexions sur la date des photos, je n'ai pas encore eu de temps de sieste d'usine pour me plonger dans le manouel :) 

Remarques diverses: Peter au fond est debout, pour info, non non il n'est pas assis. Il est juste petit :)

Les chinois ne savent pas dire mirabelles, et comble de l'impudence, pensent que c'est du raisin. Si au 7 rue du lac notre mirabellier se petit-suisside en sautant à l'aveugle dans les thuyas , merci de lui pourvoir une cellule de soutien psychologique. En même temps ils ne savent pas non plus dire Bernard - j'ai jamais essayé bernard l'hermite, mais ce serait peut être le premier cas d'entorse de langue, et la médecine chinoise n'a pas de racine ancestralement amère pour la remettre dans le bon sens.

Voilà.

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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