Vous vous êtes sûrement déjà retrouvés dans cette situation bizarre: vous SENTEZ qu’il y a quelque chose qui cloche, mais comme ça, d’office, vous ne voyez pas quoi. Ca peut durer longtemps, c’est peu gênant quand vous avez un caillou dans la Converse, ça l’est bien plus quand vous arborez un grain de maïs collé entre vos sourcils fraîchement épilés en réunion de direction. Mais je m’égare. Donc hier, je suis en train de pianoter sur internet pour trouver des éléments de réponse sur le fourrage immonde des mooncakes, quand j’entends trèèèès très loin (dans les limbes de mon cerveau ?) un appel insistant. Maaaarie. Maaaaaaaaaaaaaaarie. Marie !! Je ne savais pas que Jeanne D’Arc cherchait des émules parmi les étudiants ?!?? Je m’apprête donc à me tondre la tête en soucoupe capillaire et à me tailler une robe de bure dans mon dessus de lit, lorsque la topographie de mon appartement me sauve la vie : pour atteindre la salle de bain, je dois passer devant le balcon, et là j’aperçois au sommet du building d’en face 4 ou 5 têtes d’épingles qui agitent leurs petits bras en criant Marie. Sacrebleu, Dieu me laisse un répit pour bouter les Allemands hors de Majorque, c’est fort urbain, j’ai un stage à finir. Passé un sursaut de surprise – je vous rappelle que je ne connais PERSONNE dans ce building, ni dans cette ville - et après avoir constaté que mon ouiiiiiiiii ? n’était pas capté par les oreilles de mes fans (lol), je décide de quitter le balcon et que l’option robe de bure peut être une activité sympa de lundi après-midi. Un coup frappé à ma porte interrompt ma créativité. Simone, la Chinoise la plus cure-dent de Chine, est porteuse d’une invitation à aller prendre le café chez un Français qui habite dans cet immeuble depuis 10 ans – la stature du Géant Vert avec la tête de Robert Hue, vous visualisez ? Bon, let’s go Simone (elle a les joues bien rouges, le déjeuner a dû être bien arrosé uhuh. D’ailleurs on s’est trompés deux fois d’étage). On entre chez Jacques pour y trouver 6 ou 7 expatriés, espagnol, italien, anglais, indien du Chiapas et un petit français en stage dans l’usine de Jacques. Le café est très sympa – oui, un café peut être buvable ET sympa - ça parle dans toutes les langues, même celle du baby teckel que j’avais pris pour une saucisse échappée du plat. Jacques est un personnage hors du commun, en tant que premier occidental à avoir pénétré la région, il connaît le district de Gaoming comme sa poche – district qui couvre une superficie de la taille de la région parisienne jusqu’en Seine et Marne – et d’ailleurs cherche à convaincre les autorités du coin de sauvegarder le patrimoine notamment par la construction d’un musée de la vie quotidienne du siècle dernier. Petit cours pratique : on se balade tout l’aprem entre expo de photos de Gaoming, atelier de peintre calligraphe, fouilles archéologiques découvertes sur le tracé d’une autoroute hors de la ville. J’apprends également des choses surprenantes, au hasard : il y a un village dans le centre de la Chine dont les villageois sont persuadés d’être les descendants de guerriers gallo- romains. Certains enfants naissent encore blonds, ils n’ont pas le faciès chinois, c’est vrai que ça prête à confusion dans un pays où pour devenir blond, il faut rester 12 semaines dans de l’eau oxygénée. (Après analyse de l’ADN, il se trouve que ce sont plutôt des gènes turcs qui coulent dans les veines de ces villageois – un turc en visite dans les anciens temps a certainement voulu poursuivre plus avant ses études anthropologiques et se .. hum.. développer localement. Bouh le turc qui a fauté !) Sinon, il y aurait 200 à 250 prostituées dans mon immeuble. Autrement folklorique comme nouvelle, mais ceci explique pourquoi quand je sors après 19h30, j’ai l’impression d’évoluer dans une boîte à StripTease des bas-fonds de Shanghai. Bref, une journée riche en enseignement.
Je crois qu'A Qin est persuadée que je parle aux animaux; c’est gênant. Dans le bus qui nous amène à Longjiang, j’avise une poule qui me regarde d’un œil torve. Ladite poule se trouve la tête à l’envers, portée dans un sac plastique à anses dont on troué le fond pour laisser passer la tête. En fait elle se mange les pavés à chaque fois que sa propriétaire fait un pas – la chinoise n’est pas grande. D’où, aigritude de la poule. Donc je lui fais coucou pour la dérider, et je dis à A Qin d’un air pénétré « ca fait 5h qu’elle est dans se sac, elle dit que ça lui pompe le sot-l’y-laisse de voyager la tête en bas ». « Ah parce que tu parles aux poules toi ? » ; Moi, bêtement, je continue à plaisanter « yes, j’ai même réussi à faire comprendre aux blattes de mon armoire que je préférais qu’elles colonisent l’étagère des chaussures que celle des T-shirts. » Et là elle me regarde bizarrement et elle fait « wow ». Puis elle regarde la poule, et lui demande si « ca va ». Là, j’ai eu une goutte de sueur dans le dos.



3 années passées sur terre à saouler les gens ... d'un appareil photo bionique et ultra performant (les gens qui ont pensé à "cerveau" ou "gentillesse" après avoir lu le début de ma phrase sont gentils de sortir, en rang, par la porte du fond. C'est pas encore pour cette année, désolée). C'est rentable en fait, quand on y pense. Si je suis encore chiante un peu longtemps, je peux avoir une villa avec piscine vers 40 ans?(Je demande au cas où hein, ce serait bête de louper une occasion pareille).Mais si je vous raconte ma vie technologique - soyons honnêtes, ça n'interesse que les gens en stage à qui on a demandé de "trier la base clients dans l'ordre inverse de l'alphabet, après avoir vidé la corbeille du couloir" - c'est pour expliquer que si il n'y a que 3 photos, c'est pour sauvegarder mes derniers cheveux. Des photos de 1Mo chacune, c'est une voie d'accès rapide vers la folie démente - et la chauve attitude. Donc vous avez là un aperçu rapide de mon 2e anniversaire, avec le hachoir-sabre à lame double de samouraï pour couper le gateau , la dégustation dudit gateau avec des baguettes (un goût incomparable, des miettes partout dans mon noeil) et les piments devant Ellen parce que le gateau n'en contenait pas assez (en fait, pas du tout). Le salon du restaurant s'appelle "France", d'où les ogives arabisantes du décor. Logique géographique chinoise, je sais, je ne veux pas de questions , moi non plus j'ai pas compris. Je ne veux pas non plus de réflexions sur la date des photos, je n'ai pas encore eu de temps de sieste d'usine pour me plonger dans le manouel :)
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