Dimanche 24 septembre 2006

 

Ddddringggg. Drriinng. Driiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiing (persistance d’un son irritant dans un rêve = oui, oui, ce son existe vraiment). J’ouvre un œil, il est 2h06. Que quelqu’un me téléphone dans ma chambre, en pleine nuit, au sommet de l’hôtel perché sur les hauteurs  de Gaoming n’est PAS répertorié dans les choses censées se produire un dimanche. Je décroche à la millième sonnerie (le Chinois est persévérant), tente un « Weeeeiiiii *? » d’une voix croassante, ce qui déclenche un flot de paroles incompréhensibles, que je clos d’un « Meïo* » ferme et définitif, je raccroche. 2h07 : drrrrrrrinnngggg. Ahem. Quelqu’un se fiche de ma poire. « WEEEIIIII ? » Et là, voix incrédule de Bernard : « Marie ? C’est toi ? J’y crois pas elles ont appelé TA CHAMBRE? ». Oui, et d’ailleurs il est 2h12, et je me rendormirai jamais de ma vie, merci. Les réceptionnistes unilingues de l’hôtel ont enregistré deux occidentaux (record 2006 de fréquentation de géants pâles sudipares), et de leur logique bon enfant de filles qui croient que Condoleeza Rice c’est une marque de riz américain, en ont déduit qu’ils partageaient la même chambre - on n'a pas élevé les brebisss salsakiss ensemble quand même, c'est un comble ça. Bernard a mis 40 min à avoir une chambre, au final, bien fait, c’est le temps que j’ai mis à me rendormir. Lendemain, 9h43 : Ding dong. « Va te faire baptiser chez les mormons j’ai jamais demandé de room service ! ». Ding dong. Lassitude. Je cède. Le groom me présente un bonjour exquis assorti d’une clé d’hôtel pour la 5412. Pas de bol,  moi c’est la 5403, je bouge pas. Le groom repart déconfit, je n’ai rien compris, lui non plus. C’est beau le repos dominical. (En fait c’était re-un coup de La Banane qui avait demandé le transfert de ses valises). Pour me venger j’ai ébouillantifié un moustique dans la douche (uhuhuh).

J’ai un peu le « dimanche matin maudit » ici, jamais réussi à faire la grasse matinée. Un coup c’est China Telecom qui me tire du lit à l’aube « Bonjour, Appartement 19A ? Oui ? Eh ben je suis là dans 5 min ». Un autre c’est la femme de ménage qui veut laver mon balcon. Bref, le Chinois a le dimanche actif, et la Mouette le dimanche résigné. J’ai même établi un parcours jupe-brosse-dentifrice-clef de la porte d’entrée, qui n’excède pas 9 secondes ( record à battre, je m’améliore chaque dimanche).

 

 

 

 

Après avoir tenté toutes les configurations de branchements électriques qui me permettent d’avoir à la fois MTV, mon MSN, mon portable en chargement et la fontaine d’eau chaude pour le thé-qui-va-bien-avec-les-Ban-Bao-fourrés-à-la-pâte-de-haricot-rouge - ce qui donne un peu l’allure d’une planque de KGB à ma magnifique chambre d’hôtel (pauvre groom) – je trouve le réseau parfait, mais bon, il est midi. La mauvaise nouvelle c’est que c’est l’heure du check up, la bonne c’est qu’ils m’ont oublié la connexion dans les charges. Après déjeuner, on crapahute dans tout Gaoming pour trouver qui des chemises blanches, qui des Sony T5 (vous avez dit hétéroclite, bien vu. Vous venez de gagner un autocuiseur portemanteau.) . Bilan de l’exploration : Si la mode chinoise est … particulière, la non-mode des boutiques cachées dans les centres commerciaux est à pleurer de déprimitude: deux chemisettes en moiré fleuri se battent en duel au dessus d’un portant de blouses mémères en synthétique marron et gris, alors que la caissière fabrique en piochant à la pipette dans des fioles de jus troubles de quoi créer des parfums qui tuent (au sens propre). L’absence de goût devrait être passible de prison. Mais bon déjà qu’il n’y a pas grand-monde le dimanche sur la place gallo-romaine à colonnes corinthiennes de Gaoming – bientôt classée au patrimoine mondial des monuments incongrus -, si on emprisonne tous les gens mal-habillés, on va se mettre à parler aux blattes pour meubler les silences. C’est d’ailleurs de cette place qu’on atteint l’hôtel le plus vide du monde, mais qui a l’immense atout d’offrir un bowling, activité de fort bon aloi pour meubler un dimanche finissant. Toutes les entrées mènent à des halls vides et sombres, en explorant les couloirs on réveille une femme de ménage en gants de latex qui ameute un garde, qui nous fourre dans l’ascenseur pour le 3e étage. Les pistes de bowling sont plongées dans la pénombre, et une chinoise en uniforme se fossilise derrière le comptoir. Peu désireux de déclencher un sons et lumière brutal, qui s’avérerait mortel pour la pauvre enfant, nous jetons notre dévolu sur le billard. Durant 2h, au seul étage animé de l’hôtel se déroule un bowling délirant : calculs de cosinus et techniques du dragon, ponctués de verres de thé obligeamment remplis par le groom ravi de servir enfin à quelque chose, c’est un peu la fête des boules. On déplore 45 occasions manquées et coups foireux du côté de La Mouette ; mes 2 collègues sont bien plus doués , mais je parviens à placer la dernière, l’honneur est sauf. La partie terminée, l’hôtel replonge dans sa torpeur. On ressort après des kilomètres de couloirs par une porte dérobée de la façade ouest, on retombe sur le même garde assis qui doit nous prendre pour des fous.

 J’ai mangé au KFC pour la première fois de ma vie, ben ça casse pas 3 pattes à un canard laqué. Mention spéciale à la purée au poivre du Sichuan qui m’a définitivement pyrolysé la luette (violemment, mais toujours dans une dynamique de service, dirait Mr Bonvalet). Dans la voiture qui me ramène à Longjiang, le chauffeur, après avoir vérifié ma clim, reculé mon siège, attaché ma ceinture, me passe les plus belles chansons d’amour de France. C’est la Tour Eiffel qui m’a mise sur la voie, parce que la 1ère chanson, la Vie En Rose, ressemble à peu près à ca : « pou m’emppppooorte si teu m’immmeuuuu, Dou rouniis ceu késséééééEEEEEMMEUUUU ». Déjà qu’en français Edith Piaf me déchausse les dents, làl ’interprète chinoise a réussi l’exploit de déplacer mon cerveau au niveau de mon foie (les parois stomacales sont plus insonorisées que la boîte crânienne paraît-il.) Mais bon, la campagne chinoise de nuit, sur des reprises de classiques français (Dieu nous z’aide), ça vaut son pesant de cacahuètes. L’activité incessante, la route blindée de cyclomotoristes fous, les réunions de chinois accroupis devant les phares de leurs véhicules, les petits bouis-bouis ouverts jusqu’à pas d’heure, c’est là que je réalise que je pars dans moins de 3 semaines et que j’ai intérêt à profiter.

 

 

*Allô ?  * Mais non. (ton lénifiant).

 

 

 

 

 

 

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Samedi 23 septembre 2006

Quand j’attends en Chine – verbe intransitif ici, pas besoin de complément type « le bus », « à la caisse », « Ellen », on attend tout le temps et partout – une colonie de questions existentielles me passe paresseusement dans la tête. Dernière en date : Pourquoi les chinois ont-ils les yeux bridés ? C’est en voyant passer un occidental sur une mototaxi (hein ?? un occidental ? Ca fait… TROIS ! depuis mi juillet c’est un peu l’invasion), la face écrabouillée par le vent, les yeux ex-orbiti tout asséchés par la vitesse et la pollution, crispé en une attitude de j’ai-l’air-ridicule-et-j’assume-pas, que j’ai compris que c’était plus une adaptation pour la survie de l’espèce qu’une simple question d’esthétique – un mec qui se serait dit un jour de solitude et d’ennui : tiens et si j’essayais de me coudre le coin des paupières. Un œil bridé, donc aux trois-quarts fermé ; évite ce genre de scène d’horreur visuelle que constitue un occidental qui tente par tous les moyens de fermer des paupières alors que celles-ci, mues par une force centrifuge, rejoignent qui son cuir chevelu, qui son menton. Atroce. Perso, j’ai adopté les Ray-Ban.

 

Hier nous sommes allés en commando punitif  secouer les pupuces au webmaster, qui ne parle pas anglais mais qui n’a pas l’air de parler chinois non plus. Rappelons anecdotiquement que Gaomin – Canton = 1h15, c’est important pour la suite de l’histoire. Donc à 9h30 passés, tout le monde est arrimé à son siège, prêt à s’en mettre plein les mirettes sur l’autoroute type le Grand Splatch version asphalte. Profitons-en pour exposer la technique de conduite novatrice de notre as de la route, Hua Siji : se maintenir à tout prix sur la file de gauche. Peu importe que sur toute la longueur des 20 bornes entre Gaomin et Longjian 8000 camions utilisent de raison cette file pour tourner à gauche (alors que nous on va tout droit): même s’il est bloqué toutes les 2 minutes, Hua se bute sur ses décisions de pilote, ce sera la file de gauche ou le hara-kiri, déshonneur de n’avoir pas tenu sa décision. De toute façon à chaque fois qu’il sort timidement son nez à droite pour doubler la voiture qui veut tourner, il se prend une rafale de klaxons de la file de droite, se fait tailler un bermuda en feuille de riz, donc on fait la tortue et on reste à gauche. Il est également persuadé qu’il n’y a qu’une place principale à Canton. Le webmaster nous ayant donné rdv sur UNE place de Canton, Hua nous assure qu’il la connaît, nous sommes plus… dubitatifs.C’est qu’on commence à bien le connaître – j’ai pas dit le comprendre. Résultat, on a fait Canton Est, Canton Ouest, Canton Sud, Canton Sud Est ; pas de bol c’était au Nord. 3h après, on arrive légèrement exaspérés chez le webmaster. Réunion au cours de laquelle il nous annonce que : non, on ne peut pas redimensionner les photos, non, on ne peut pas changer la police, non on ne peut pas ajouter un onglet.(Et pour le foutage de gueule* euh…. ça se passe comment ? On peut payer tout de suite ?). On finit par trouver un terrain d’entente, et le webmaster nous invite à déjeuner. Toni, Ellen et moi nous précipitons dans sa voiture, magnifique Odyssée silencieuse et climatisée, en abandonnant le pauvre Hua tout seul dans son cagette verte. Le restaurant est à 3 rues, attention, c’est super loin (ahaha). Ne rigolez pas trop vite, ce n’est pas évident pour tout le monde : en arrivant, je me fais la réflexion qu’il manque quelque chose à mon univers : où est la pétrolette verte ? Et bien oui, vous l’aurez deviné, il s’est encore perdu, le temps d’une rue. Il nous rejoindra une bonne demie heure après, j’ai eu le temps de m’étrangler de rire et, il faut l’avouer, d’effarement. Un cousin caché de Celine et Laura  (rhoo non ca c'est facile. Les filles, speciales cassdédi:-))

Toutes mes confuses, j’ai oublié d’aborder ma vie quotidienne : sinon, on meurt de chaud, Ellen a perdu son talon sur le trottoir donc elle est encore plus basse que d’habitude, j’ai remangé des piments ça s’est bien passé, merci, j’ai même tenté les boulettes gluantes de riz noires fourrées au sucre au petit déjeuner, le moon cake, souvent c’est vraiment digoulasse, et dans la série du soir Johnny a enfin largué Season. Drame au brillant cabinet d’avocat de Hong Kong.

 

Bon, il est temps d'aller me mettre les gambettes en position haute, histoire de redistribuer le sang dans le bon sens et d'essayer de retrouver mes chevilles ou un semblant de forme.

 

 

* oulalala elle est vulgââaaaire…

 

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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Mercredi 20 septembre 2006

Les photos de mon anniversaire / apocalypse sonore de Gaomin sont en ligne.

Je vous ai manqué hein? Je ne veux pas de réponses, c’était purement rhétorique. Au fait, les photos de Shanghai sont en ligne depuis hier, vous pourrez voir que j’ai les cheveux longs quand je boude l’appareil – en fait j’attendais Ellen disparue dans les limbes du Mc Do, vertuchou, ça fait quand même 23 min… j’appelle FBI portée disparue – que les buildings vus du Bund ont la cuisse avantageuse, et que la pluie ça mouille.

 

 

 

 

Oula, mon calendrier m’indique déjà deux jours depuis cette mémorable soirée du 18 septembre Serait-ce possible que mon neurone de l’éveil, qui vieillit à vue de noeil comme un bulot qui se pyrolyse sous la canicule, ait dormi DEUX JOURS ? J'ai encore la rengaine du général qui me chante la Cucarraça version opéra sur les hauteurs de la Grande Muraille en tête,  j'ai une blatte de plus sous mon oreiller MAIS j'ai avancé dans mon calendrier : on est le 20. Ca passe vite quand même.

 Les festivités commencent le 18 quand les associés m’apportent en procession un énorme paquet, et que je faillu tomber de ma chaise de surprise. Il faut dire que le matin même je ne souvenais plus qu’on était le 18, donc bon, qu’un chinois qui n’habite pas dans ma tête (selon le dernier recensement, mais 300 millions de chinois ne sont pas recensés d’après mes cours d’histoire) s’en souvienne à ma place alors que je ne l’avais pas dit, ça m’a scié le tournesol.  Les hourras des blattes en prosternation sous mon lit auraient du me rappeler que le jour était particulier - sauf que bon, elles faisaient un micron d’épaisseur, une tong indélicate ayant écourté leur destin cette nuit-là  (Une bonne blatte est une blatte collée au parquet)  DONC me voilà agrémentée d’un buste de « Parisienne », une statue européenne façon bois coiffée d’un grand chapeau, style « moi j’ai la classe, j’arriverais même à manger du serpent en tronçon au poivre maléfique sans utiliser les doigts ». Je me confonds en remerciements, j’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez dans ces cas-là – et pourtant les chinois ne sont pas les champions du contentement extatique quand ils ouvrent leurs cadeaux. On s’entasse dans les voitures vers Gaomin pour le dîner, aux portes de laquelle nos chemins se séparent momentanément : les coloc et moi-même allons choisir mon gâteau d’anniversaire, tandis que les autres s’en vont commander le menu au resto « le Ravioli qui Rigole » - là où j’emmène mes visiteurs européens, dont le ravioli rigole moins une fois dans leur estomac, chinois depuis quelques heures seulement. Seulement voilà, c’est bon, donc j’y retourne à chaque fois. Choisir son gâteau d’anniversaire en Chine c’est un bonheur régressif : tu jettes ton dévolu sur l’un des 50 montages pâtissiers plus alambiqués que le chapeau de Queen Mum, répertoriés sur une carte genre glacier, et deux heures après, tu l’as, frais et fait sur mesure. Tu as juste peur que l’employée de la pâtisserie en masque antichykungunya, chaussons et charlotte en tissu immaculée qui se saisit de ta commande la traite comme une expérience de laboratoire. Ellen découvre le Bailey’s au restaurant, grâce à l’heureuse initiative de Steeve, à qui on a demandé d’acheter une bouteille d’alcool, qui s’est vu conseiller cet alcool plutôt inhabituel par le vendeur, et si l’œsophage de Peter a crié au meurtre après ingestion du petit verre à shot, celui d’Ellen a crié Hallelujah. « Best taste of alcohol in all my life » : verdict d’une chinoise qui a une descente de Tyrolien à la Fête de la bière. On retiendra de ce repas très animé le visage bigoût de Bernard la Banane qui a l’imprudence de manger du bœuf au piment alors qu’il converse  (vigilance endormie), l’appétit sans limite de Hua notre chauffeur de bolide, Kevin qui lave son bœuf dans son thé pour éviter de se pyrolyser la luette à chaque bouchée. Ave Ellen, restée une fois encore Prêtresse Invaincue du Piment.

 Et des chansons de lover au karaoké, aussi. Et ce n’est pas Peter, déchiré à la bière et aux portes de la mort pour cause d’hilarité incoercible – ses commissures fusionnant avec ses mini paupières - qui va la battre sur ce terrain. L’ambiance était telle que le client qui a eu le malheur de vouloir joindre Toni au moment où je soufflais mes bougies a cru tomber au milieu des Solidays. Le problème du coup de fil au KTV, c’est qu’il n’y a pas trop moyen de s’isoler : dans le salon privé ça s’égosille « MOI  je dis tu BLUFFES, alors tu bois ton verre cul sec et tu fais le tour de l’assiette de cacahuètes ! » - pas très professionnel - et dans le couloir tu entends comme si il était installé dans ton oreille le chinois de la salle à côté, qui pleure son amour perdu dans des envolées vocales à déprimer un buffle – pas très marketing.

 Le lendemain a été difficile, d’ailleurs mon cerveau a dormi

 

 

 

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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Lundi 18 septembre 2006

Bon, Lénou, ca va pas du tout, notre horoscope de septembre dans ISA (lecture passionnante s’il en est, mais c’est ça ou le Spiegel sur le 11-septembre) m’offre un entrefilet prometteur pour le signe Vierge : « Problèmes veineux, de transpiration, plaques rouges, picotements et fourmillements dans les mains : vivez le plus souvent à l’ombre ! Jours fastes : le 17 et le 19 septembre ». Bref, on a  tout faux, c’est la fête. Je demande au mec, probablement du signe Vierge, qui a plaqué la chroniqueuse d’ISA un 18 septembre de lui faire ses excuses, sinon la rubrique va bientôt annoncer une calvitie soudaine et l’Apocalypse pour les Vierges.Mais bon, pas besoin d’oiseaux de malheurs pour souhaiter à mon cabillaud préféré un

                                                                  Excellent Anniversaire J

 et encore plein d’années à vivre des trucs fendards à trois avec notre troisième arsouille, à qui on peut aussi souhaiter un bon anniversaire de triplés tellement elle nous ressemble maintenant…

 

par La Mouette publié dans : wizlamouette
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