Comme toute la greluche tribe, mon calendrier interne s’organise autour d’une session biannuelle de stress appelée : semaines de soldes. Bien sûr, envers le public extérieur je montre une humeur détachée de toutes ces contingences consuméristes (comme promis, le diplôme supdeco m’autorise à manier les mots de plus de 2 syllabes), je suis la free spirit qui se fout de la mode et déniche aux puces de Reims des blouses vintage trop trendy. Là où le bas (chair) blesse, c’est que trouver un magasin pas de chaîne à Reims, c’est une bataille que Jeanne d’Arc elle-même a abandonné il y a quelques siècles. Donc les puces, tu oublies. Donc, envers le public intérieur (on appelle ça organes en biologie), je suis plus excitée. Les semaines qui précèdent la date fatidique, je m’auto-morigène pour ne pas lorgner les vitrines en me disant que c’est bien ballot de dépenser à ce moment là alors que cinq jours après, c’est plaisir des sens.
Sauf que. Ladite date arrive, et mentalement déjà je baisse le bras. Pas moyen que j’arpente des allées bourrées d’hormones féminines en ébullition dans un espace clos qui ressemble à Neuilly vers 9h, Iwo Jima vers 9h30, Tchernobyl vers 10h. Avant même de le tenter, tu te retrouves virtuellemnt collé à un portant de jeans kaki taille 44, alors que par la droite te double une paire de siamoises du bras, qui se jette vitalement sur les étagères bien rangées comme si elles allaient se racheter un rein (pourquoi les filles font elles toujours les soldes par deux en se tenant par le coude en poussant des cris de loutre affolée…va savoir). Donc, les premiers jours, moi je ne me risque pas. Mais après, souci, faille du système. On est bien d’accord que le seul truc potable du magasin en taille normale, c’est la vendeuse. Exit les tentatives de trouver un vêtement sobrédebongou, tapis rouge pour les tops mauve léopard, les échecs de la saison, les jupes ras la moule en macramé. En plus la New Collection c’est toujours vachement mieux, ça te saute au beignet dès la 2e semaine, c’est joli et… plus cher oui. C’est le principe, Marie.
Cela dit, Armaggeddon attend en général au tournant des magasins de chaussures. Les chausseurs créent une collection spécialement moche et importable qu’ils ressortent aux soldes pour garnir les portants et empêcher les articles normaux de partir trop rapidement. Soyez sans crainte, on reconnaît assez rapidement ce genre de stratagème : cherchez les seuls portants à rester bien rangés, à arborer toute la gamme du 34 au 42, et surtout, à avoir un intérieur sec. Car oui, la chaussure soldée est humide et chaude. Elle a contenu toute ce qui peut passer comme aventurier de la solde : le pied de sa taille qui bon, ne l’a pas élue, le pied trop grand qui a quand même voulu essayer d’en faire rentrer un max avant de décoller la couture du coté – et a d’ailleurs déposé un peu de peau sur le renfort - le pied trop menu qui a laissé un mouchoir-semelle au fond en souvenir - Souvent, ledit mouchoir de fortune est une serviette de La Brioche Dorée. Bref, l’escarpin moite tue le feeling de la solde. En plus comme te l’a seriné monmon, tu veux – et dois ! - essayer les deux de la paire; tu quittes donc tes ballerines pour faire quelques pas en crabe vers un miroir et quand tu reviens, tu passes ta vie à tenter de retrouver la fille qui a cru que tes chaussures à toi, abandonnées dans l’allée, étaient soldées. Un conseil : en général tu la retrouves à la caisse, en train de demander si « ces ballerines existent en 40 », et « c’est une honte les prix sont pas affichés partout rhoo quel esprit peu commerçant ».
Donc les soldes, c’est bon pour se réjouir, rarement pour investir. En tous cas à Reims. Villeu de lumièèèèreuuu.

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