On nous badigeonne le neurone avec la crise, mais franchement qu’est ce qui a vraiment changé depuis 2 ans - à part que pour acheter des Danette à la noisette je
suis obligée de casser mon PEL ? La rengaine du c’était mieux avant n’a de légitimité que lorsqu’elle traverse le cerveau en une demi seconde entre le dernier coup de ciseau du coiffeur
voilààààààààçavousplait ? et la crise de larmes. Là, c’était mieux avant. Incontestablement. Mais franchement, petite comparaison argumentée entre ce que je notais doctement en mai 2007 et
aujourd’hui.
29 mai 2007 : « Sinon il paraît que le nouvel aliment à la mode c’est le thé matcha.
Badigeonné en masque, tissé en tee-shirt, broyé en coke bio. Et ça donne aussi des gâteaux verts. Appliqué à la vraie vie de tous les jours, si je fais des cakes au thé matcha, je vais me prendre
une rafale de remarques pertinentes : est ce que je sors avec un alien, est ce que ça scintille la nuit, est ce que ça peut occire Spider Man ou plus basiquement tuer le chien d’à côté, si je
peux faire des modèles plus petits pour constituer la rangée de cyprès d’une maquette « scènes de guerre au Vietnam », si c’est ce gros muffin, là, qui a déclenché le chikunghunya à la Réunion,
ou si après le dessert on fera pipi vert . Admirable vague du bio, qui nous ferait porter aux oreilles des pommes de terre sculptées par des fermières guatémaltèques juste pour se sentir éthique.
Moi je me sens, juste, et de ce fait, je préfère l’argent, ça moisit moins vite. » --> Bah deux ans après, je me sens toujours comme un bonbon acide dans une purée de choux-fleurs : sidérée d’être là. Là, en 2009, dans ce que je considère
pourtant être la cible des journaux de greluches, et pourtant ne trouvant pas que le thé matcha soit pertinent en nouveau leader du peuple. Alors oui j’aime les tests débiles pour savoir si je
suis une garce au boulot, et les articles sur des gens dont on se fout (mais quand même s’ils ont une tête à claques c’est fait pour dauber dessus). Oui je regarde les défilés de Milan parce que
guetter la grue qui choira sur ses stilettos en forme de XboX, c’est faire honneur à l’Organisation Mondiale du Bon Sens. Mais parfois, au détour d’une page, le titre qui te tombe dessus
ressemble juste à un loto du mot façon Pivot : « Résilience et manteau de chasse autrichien : la hypitude passe par le nylon lourd ». Tout comme la mode du carrot pant, un vêtement hybride entre
le pantalon bouffant des nobliaux du 16e siècle et le « yogging détente » des dimanches pluvieux, qui vous pare d’une sensualité proche de celle du béton cellulaire, ou encore la crème de
jeunesse à base de placenta de mouton des steppes. Il ya deux ans toujours, « les demis retours, façon mi-cuit de la politique, de notre éternel Jospin-sur-le-départ-voiàtypasquej’reviens: tu penses
bêtement qu’il est définitivement retiré du four mais il est encore coulant à l’intérieur alors il revient par dessous faire coucou. » ; les tailleurs de Roselyne spécialement conçu pour
tromper la retransmission des satellites soviétiques depuis l’espace ; le parcours poilade du site www.délation-gouv.fr.
(Malheureusement disparu) Je vous rassure les jours de mai 2009 ont aussi émaillé la presse d’articles mémorables : « Besancenot se voit refuser l’entrée de Gaza » « NKM annonce sa grossesse sur
Facebook » « Ségolène s’excuse auprès des Texans parce que Sarko a commandé des frites et non des country potatoes » « Hirsch, le seul membre du gouvernement qui ne cligne jamais des yeux. »
C’est toujours Guignol dans l’hémicycle, là encore la crise n’a pas amputé l’humour gouvernemental.
Alors bon, c’est vrai que des ajustements sont à faire, les costumes de Spiderman noir méchant (celui avec la mèche de mauvais côté) sont plus chers, donc il faut
se cacher autrement pour siphonner l’essence du voisin, on peut payer ses légumes avec les tickets repas mais Gears of War II n’est toujours pas listé comme légume, la coiffeuse ne te rince plus
qu’une fois la tête au lieu de deux, le stock d’eau récupéré servant à délayer le café. Tant qu’on ne coupe pas les budgets de films aussi talentueux et créatifs que les Cavaliers de l’Apocalypse, avec (dans le désordre) une redécoration toute en
finesse d’une pièce en blanc Apple, une collection intéressante de crochets d’équarisseurs, un rapport parent/enfant d’une subtilité rare et le combo cliché chinoise en écolière perverse/
adolescent gothicocaché avec dialogues à couper le souffle : moi, la crise, j’adhère.
Si vous n’avez pas vu ce film : n’attendez pas le dvd, il ne sortira jamais. Ce film est trop mauvais.
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